… La justesse de jeu des deux interprètes-cuisiniers-toqués, Mathilde Velsch et Robin Le Moigne, en rehausse toute la saveur. La compagnie Dérézo a mis les bouchées doubles pour cette aventure réjouissante.
Présentation
Une histoire culinaire de la bouche, du cri primal au dernier souffle.
Par les bouches est le troisième volet du triptyque culinaire de la compagnie Dérézo. C’est un spectacle mis en scène autour d’un repas des plus singuliers où deux interprètes-cuisiniers-toqués vous invitent dans leur cuisine. Autour d’un grand comptoir de bois en forme de bouche géante, vous êtes quarante, vous êtes assis et vous vous préparez à entendre une histoire culinaire, entre la naissance et la mort, de cet organe dont nous sommes tous pourvus et dont on ne parle que rarement : la bouche ! Cet orifice génial, berceau du chant et de la parole comme du baiser et du sourire, par lequel entrent et sortent l’air, les outils du dentiste ou encore la nourriture, convoque déjà la longue litanie métaphorique des « avoir l’eau à la bouche », « mettre les bouchées doubles », « faire la fine bouche », « à bouche que veux-tu », « tourner sept fois sa langue dans sa bouche », etc.
Conçus en complicité avec l’autrice culinaire Miske Alhaouthou, mets et boissons composent un paysage gustatif, magnifié par des textes du répertoire classique comme contemporain, au service de cette traversée théâtrale. Piochant avec malice dans la sociologie, la psychanalyse, l’ethnologie ou la poésie, voici une parenthèse d’une heure, autour une scénographie ciselée, dédiée au goût et à l’écoute, réaccordant par-là, pour notre plus grande joie, ces deux instruments de la musique de nos corps : notre bouche et nos oreilles !
DU THÉÂTRE AU CULINAIRE
« Pour moi, le théâtre est plus qu’un récit, c’est une expérience. De celles qui tentent, sans jamais tout à fait y parvenir, une réponse à la question « qu’est-ce qu’être humain ? ». Cette expérience sera toujours une tentative tendre de réaccorder le bloc audio vocal avec ce que l’œil peut encore capter. Mais le tableau ne serait pas complet si le toucher et l’odorat ne venait pas participer à l’équivoque du mot « goût » : questions de corps donc. Car il m’est évident qu’on ne comprend qu’avec le corps, cette idée éclairant mes choix de dispositions des publics dans mes scénographies. Ma fascination pour les lieux culinaires embrasse un spectre large qui va du restaurant étoilé à la cuisine de rue en passant par la fête foraine. La mise en scène des corps, des objets et des espaces y est toujours prépondérante, et a un impact décisif dans la réception gustative. Ne manque pour moi que le texte, la parole donc, et c’est précisément vers un opéra des sens que je propose aujourd’hui, après mes riches expériences, un spectacle culinaire qui met en scène une histoire de la bouche du cri primal au dernier souffle. La pièce commence avec l’exposition de la douleur du premier poumonage à la sortie du ventre de la mère, car chaque nouveau-né commence sa vie extra-utérine par un cri. Et quel cri ! Le bébé glissant ensuite, car déjà vieillissant, vers l’expérience des saveurs et des goûts, puis vient le babil et ensuite la parole puisqu’ « au début était le verbe », vient ensuite le baiser, le chant puis le dentiste, la morsure et l’essoufflement sportif, puis certains fumeront quand d’autres s’en mordent les lèvres… Bref, cet organe extra-ordinaire, souvent négligé, nous conduira enfin jusqu’au dernier souffle de Thanatos. » C.Windelschmidt, metteur en scène.
LES TEXTES
Un montage de textes d’auteurs et autrices du monde entier nous fera, de plus, entendre les différences culturelles, éthiques, voire politiques, du goût : car le Goût comme la Culture s’apprend, dès la naissance, et ce qui me dégoute dans une autre culture, parle en premier lieu, de la mienne. Le goût est souvent une jouissance, à savoir un plaisir qui se niche au cœur même du déplaisir : du désir dans mon dé-gôut ?
C’est pour une assemblée de quarante convives réunit en un cercle aplatit (Une bouche ?) au centre duquel trois interprètes, en maestros culinaires, porteront un voyage en sept amuse-gueules préparés à vue sur une dramaturgie ciselée de Ilithyie (Déesse de l’enfantement) à Thanatos, lui-même adossé à Éros, bien sûr.
EN ARRIÈRE-GOUT
Au cœur de cette véritable arène en miniature, se pose la particularité de ces sept préparations : chacune est composée d’un arrière-goût. Avec comme outil leur seul palais, et en véritables enquêteurs, les spectateurs auront le loisir de chercher ce goût caché dans un autre goût. Poupées russes culinaires, ces préparations seront opportunément l’occasion de lier textes (prises de paroles des interprètes) et nourriture.
Enjambée ludique et festive, cette mécanique de la mise en bouche, dispositif théâtral raffiné et peu commun, d’une durée de cinquante minutes environ, sera ponctué de surprises quant aux objets choisis, aux couleurs, aux modes de préparations ou plus simplement aux surgissements d’extraits littéraires choisis. En route pour les fantasmagories de la commensalité.
« La gourmandise est une manière d’être, un mode de jouissance utilisant tant le mets que le mot. »
Gisèle Harrus-Révidi.
Revue de presse
On se sent infiniment rassasié par la multiplicité des saveurs, des idées et des poésies.


